

Affirmons-le, au risque de nous attirer les foudres de ceux qui s’acharnent encore à tirer la couverture à eux : le beau est universel. Parce que le beau est fils de l’esprit. Parce que le beau, porté et enfanté par l’esprit, est la chose du monde la mieux partagée. Parce que l’esprit est universel.
Le design ? Parlons-en ! C’est l’une des facettes éclatées du beau. C’est l’un des maillons d’une longue chaîne que nous tenons tous en partage. Que nous soyons Blancs ou Noire. Que nous venions du grand froid polaire ou que nous soyons originaires des confins du désert. Que la forêt amazonienne soit notre refuge ou que la voûte étoilée des zones arides du Sahel soit le toit de notre maison.
Nous sommes le peuple du design. Des hommes et des femmes qui, par passion, amour et vocation, sont allés vers un métier devenu leur raison d’être et de vivre. Un beau métier qu’ils ont choisi entre mille autres. Parce que leur passion à se faire plaisir par leur métier s’est muée en plaisir des autres de vivre leur passion.
Le designer est un vendeur de rêve. Il a la tête dans les étoiles, mais les pieds sur terre. C’est le dieu Janus avec ses deux faces : le sublime de l’art et l’utilitaire de l’outil. Il ne déserte presque jamais la forge de l’imagination pour que l’enclume continue de bruire du geignement de la matière brute promise, sous son regard d’aigle, à un avenir de pièce d’orfèvre. Et les gouttes de sueur qui perlent sur son front traduisent la tension créatrice d’un être en transcendance, loin de nos rivages communs, en débat avec les dieux du ciel et de la terre.
Célébration grandiose de l’esprit qui explose en sons et lumière, dans des gammes infinies de tons, dans une suite ininterrompue de couleurs. Epiphanie des formes dans la variété illimitée des droites et des courbes, des surfaces et des volumes. Festival d’audace et d’inventivité dans l’espace où la main de l’homme sait se joindre à celle de Dieu pour poursuivre son œuvre de création.
Le Design, plus qu’un art qui s’accomplit à travers l’aménagement harmonieux et efficace d’un espace, témoignant de la force d’expression de l’artiste créateur, est ainsi l’accomplissement du designer lui-même. Qu’on aime ou non le style de tel ou tel designer n’est ni un problème ni le problème. Le respect doit être chaque fois convoqué et doit toutes les fois rester la règle face à celui-là qui, à travers une œuvre, fait don de lui-même sur l’autel du beau et de l’utile.
Il est temps d’ôter au design les faux habits d’un modernisme de pacotille. Le design n’a pas abordé les rivages de nos pays dans les bottes du colon. Même si l’on doit à la vérité de reconnaître que la plupart de nos représentants contemporains du design, sont allés voler le feu sacré, tel Prométhée, dans les antres du savoir de l’Occident.
Car il est un design des sources à chercher et à trouver dans nos couvents, l’art étant inséparablement liée à la religion, avec ces relais de génie que sont nos artisans. Et que dire de nos calebasses pyrogravées, de nos recades sculptées, de nos bas-reliefs aux mille et une figures ouvragées ? Ne parlons pas des pyramides d’Egypte, des palais royaux du Monomotapa, construction des habitations de Tombouctou…
On ne peut être le légataire de tant de biens et continuer de jouer les parents pauvres du design. On ne peut être le dépositaire de tant de références et continuer d’être à la remorque des autres. On ne peut disposer de tant d’atouts et se laisser affubler de l’infamant bonnet d’âne des derniers de classe. Quelle heure est-il à l’horloge de l’Afrique ? Exactement l’heure de reprendre l’initiative historique.
Et nous prendrons notre juste place, au « banquet de l’universel », cessant d’être des invités périphériques condamnés à se sustenter des restes tombés de la table. Comme puissances invitantes, co-présidant ce banquet avec les autres, nous donnerons la pleine mesure de notre génie. On ne saurait marchander un droit. Il serait toujours plus indiqué de répondre aux exigences d’un devoir. Aussi, comme dans la parabole des talents, il sera demandé à chaque Africain : « Qu’a-tu fait des talents que je t’ai confiés ? » L’avenir du design en Afrique –non du design africain– est tout compris dans la réponse à cette question. Car « Demain, l’Afrique ! ».
Fait à Cotonou, le 1er décembre 2009
Par le Journaliste -Chroniqueur béninois
Jérôme CARLOS